La vie de château réinventée
Hostellerie des Fines Roches

Une longue allée bordée de cyprès qui grimpe en pente douce jusqu’à un lourd portail. Une terrasse ensoleillée, une poignée de tables, une piscine et au-delà d’un parapet, une vue dominante à 180 degrés, parfaitement dégagée. Au premier plan, puis à perte de vue, le plus prestigieux vignoble du sud de la France. à l’horizon, le palais des Papes et le Mont Ventoux.
Le décor dans lequel s’insère l’Hostellerie des Fines Roches, à Châteauneuf-du-Pape, suffit à vendre la destination. Prisée par la clientèle internationale, elle s’est d’ailleurs longtemps reposée sur cet argument, les pierres de son château néomédiéval et son provençalisme désuet, pour remplir sa table et ses onze chambres chaque année. Denis Duchêne, entrepreneur dans le bâtiment et homme politique local, grandit en contrebas de l’édifice, à l’Ile de l’Oiselet. Lorsque, attiré par l’hôtellerie restauration, il se met en quête d’une affaire dans laquelle investir, la beauté de ce lieu, emblématique de son enfance, le convainc de se laisser tenter. Loin de le rebuter, l’ampleur des travaux pour remettre l’affaire au goût du jour le stimule. L’homme est amateur de challenges, et sait bien s’entourer. L’Hostellerie est reprise en début d’année, sonnant le réveil de la belle endormie.
Préserver l’âme d’un lieu atypique, le redynamiser

Denis Duchêne s’adjoint les compétences de la décoratrice Alison Lanceleur. Tout en préservant l’âme du lieu, parquets à chevrons, carreaux de ciment, fenêtres en ogive… la jeune avignonnaise souffle un vent d’air frais dans ses communs, suites et chambres, en intervenant par touches justement dosées. Pièces d’art contemporain, colorimétrie repensée et mobilier pimpé, viennent savamment pimenter un intérieur affadi. Dans les sous-sols, Denis Duchêne crée un spa lumineux et intime. Il y invite les produits de vinothérapie Vinésime, et travaille avec la marque de cosmétiques à la création d’une gamme issue des vignobles avoisinants.
Reste à mettre cette partition en musique. « J’aime le monde de l’hôtellerie. Grand voyageur, j’ai une idée très précise de ce qui est attendu d’un établissement 4 étoiles : une atmosphère unique, une offre gastronomique pointue, un service irréprochable et néanmoins convivial, le calme et la flexibilité » explique Denis Duchêne qui a choisi de s’associer avec deux employés pivot de l’Hostellerie pour porter leur vision partagée : Sébastien Guiterrez, Provençal depuis quinze ans dont trois passés aux Fines Roches, devient ainsi directeur général délégué. La table reste quant à elle entre les mains de Hugo Loridan-Fombonne : le chef trentenaire y officie depuis 2012, mais a désormais carte blanche pour laisser libre cours à sa créativité. Exit, les ris de veau en montgolfière, place au fumets et bouillons travaillés, à une cuisine en circuit court, fine, engagée et zéro déchet. « J’aime la cuisine traditionnelle, je la tiens de ma mère et de ma grand-mère, mais je veux la moderniser : je ne suis pas un créateur, je suis un interprète » décrit le vainqueur 2018 de la Finale du Concours des Rencontres Gourmandes de Vaudieu, présidé par Christophe Aribert et Christian Têtedoie, et médaillé d’argent au Concours 2016 des jeunes talents Maitres Restaurateurs, présidé par Philippe Etchebest.

Pour les Provençaux, un staycation intime et une ribambelle d’activités

Pour achever de séduire un public exigeant, cosmopolite ou riverain, Denis Duchêne prévoit dès cet été une ribambelle d’activités : « Nous voulons faire rêver notre clientèle, lui permettre de vivre des expériences d’exception avec des vols en montgolfière au lever du soleil, des circuits œnotouristiques en 2CV, en Vespa ou à vélo électrique, des déposes en hélicoptère, des dîners dans les vignes avec violoncelliste. Nous disposons également de salles de séminaires auxquelles nous pouvons accoler des expériences en incentive. » D’aucuns préfèreront buller près de la piscine, pratiquer le yoga, privatiser le spa, ou simplement faire escale le temps du déjeuner. Autant de possibles dans un cadre somptueux, une vie de château réinventée.
Jessica Engel













